 | Ce petit article à pour but de présenter un début de synthèse de ce que nous savons de la pratique du quarterstaff de nos voisins anglais... 1 - la pratique du bâton long est une pratique ancienne, enseignée dans les salles d'armes, comme sur le continent d'ailleurs, mais considérée aussi comme un "jeu traditionnel" des fêtes de village, sans doute au même titre que l'archerie, puis le tir au fusil par la suite (sports prisés en Angleterre), un peu comme pouvait l'être la lutte chez nous, en France. Sans doute sa continuation en tant que "jeu de village" était-elle un moyen de poursuivre l'entrainement de manière informelle - si l'on fait un parallèle avec le tir à l'arc, on remarquera que celui-ci a toujours été encouragé, voire institutionnalisé, grace à Ordonnances et textes de loi, par les autorités, sous forme de jeux-concours récompensés, ce qui permettait aux compagnies d'archers de continuer à s'entrainer, avec l'émulation liée aux "compétitions" organisés par les autorités locales; Les jeux écossais, à la base ne sont rien d'autre que cela - Les Lendits en France répondaient à ce même besoin. |
2 - Il a donc une double fonction : utilitaire, comme moyen de défense du voyageur, mais aussi préparation à la manipulation de la pique ou de la hallebarde; Les auteurs les plus anciens font le lien entre les différentes formes de bâton et l'enseignement de la pique d'infanterie; ludique comme "jeu" et moyen d'entrainement à peu de frais ("a man can be but sure if he practice all the daies of his life" - Swetnam - 1617).
Dans les traités, la partie "bâton" vient juste avant ou juste après la partie "armes d'hast" (cf Joseph Swetnam - 17è siècle)
3 - A mesure des années, il a acquis une sorte d'existence propre, surtout lorsque les armes d'hasts n'ont plus été réellement utiles sur le champ de bataille; Dans le même temps, les parallèles d'entrainement ont été faits, non plus avec la pique ou la hallebarde, mais avec l'épée (cf Wylde, 18è siècle), le sabre, armes de base du 18è siècle, puis la baillonette (successeur des piques d'infanterie). Il reprend d'ailleurs les mêmes angles d'attaques et de parades que ceux-ci. Par la suite il a été considéré comme un succédané de la boxe, avec sa manipulation "à deux bouts" (évolution semble-t-il du 19è siècle) et peut-etre son mode de déplacement; Sans doute voulait-on faire un parallèle "pédagogique" entre l'utilisation des deux mains en boxe et l'utilisation des deux bouts en quarterstaff.
4 - Sa préhension et sa manipulation ont connu des évolutions au cours des ans; Il n'y a sans doute pas eu non plus "un seul" type de manipulation... comme pour les armes, nous connaissons cette manipulation grace à des traités de différentes époques, traités résumants les expériences et les spécificités de leurs auteurs...
Sur la foi des premiers traités étudiés (datants du 19è siècle), nous pensions qu'il se manipulait uniquement en "tenue symétrique centrale", avec peut-etre un "petit coulissé" des mains pour gagner un peu d'allonge mais que globalement, la longueur du talon et de la pointe était la même;
Par la suite, le traité d'Allanson-Winn ( reproduit sur ce site), nous donna a penser que peut-etre ce n'était pas si simple, car lui préconisait une tenue déjà décentrée ("Le Quarterstaff moderne est un peu plus long que le traditionnel de 6 pieds et demi et j'imagine que son nom provient de son mode de préhension : il est saisi à un quart de sa longueur par l'une des mains et au milieu par l'autre")... toutefois, il semble utiliser les deux bouts de manière similaire, avec un glissement des mains.
MAIS, la découverte récente du traité de Joseph Swetnam (17è siècle), et celui de Zachary Wylde (18è siècle), remet nos certitudes en question, et nous encourage aux parallèles avec certains traités continentaux dans lesquels le bâton est étudié comme tenu "à un bout" ... la tenue uniquement centrale serait donc une évolution tardive, peut-etre liée à l'influence de la boxe anglaise, les auteurs plus anciens la voyant comme une tactique temporaire liée aux circonstances...

Les deux gardes de Swetnam | ... Swetnam semble le tenir de manière totalement disymétrique, avec une nette prédominance de la pointe, et n'envisage l'utilisation du talon ("butt(e)-end") qu'en distance courte, quand l'adversaire est "rentré" ("close"), ou lorsque l'on ne peut manoeuvrer la pointe suffisamment rapidement (sorte de parade in-extrémis quand on ne peut dévier l'attaque adverse). |
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Suite à la traduction du texte de Zachary Wilde, il semble que les auteurs justifient leur méthode de par 1 - l'origine historique du bâton et/ou 2 - par ses rapports intrinsèques avec les armes longues d'infanterie:
Pour Wylde, le quarterstaff est un avatar moderne (de son époque) qui utilise des principes, à la fois de l'ancienne épée à deux mains, pour certains coups ou tactiques, mais aussi des principes et des techniques de la petite épée de cour du 18è siècle ... sa méthode de bâton serait une sorte de synthèse entre épée à deux mains et épée "moderne". Ainsi, dans son esprit, un escrimeur devait facilement dominer le maniement du bâton, car bâton et épée n'étaient sans doute enseignés de manière pas si différentes dans sa méthode...
Au contraire, pour Swetnam, ou Georges Silver, auteurs plus anciens, il ne semble pas y avoir de points communs entre bâton et épée (quelle qu'elle soit) ; Le quarterstaff y est ici, clairement, un dérivé de la pique et de la hallebarde... d'ailleurs l'un comme l'autre fond de fréquentes références techniques aux diverses piques de leur époque - half pike, Welch hooke (?), forest bill (?)... - Swetnam utilise fréquemment le terme de "pike" à la place de ou conjointement à "staff", nous suggérant ainsi que pour lui, la technique de la pique et celle du bâton ne sont pas éloignées.
En fait, à l'époque de Silver ou de Swetnam, la pique est encore utilisée au combat, dans les compagnies de piquiers... la pique conserve encore clairement une réalité de maniement... sans doute le bâton est-il un moyen d'entrainement et donc, dans l'esprit de certains, son utilisation comme "défense civile" a-t-elle pu germer, moyennant quelques adaptations simple, selon la nature propre d'une arme sans pointe ou tranchant, mais ayant toujours une longueur supérieure à toute forme d'épée; Georges Silver compare beaucoup les avantages respectifs des armes de son époque et enseigne comment telle arme est supérieure à telle autre arme selon quelles circonstances... et donc comment le bâton peut triompher des autres armes.
Un piquier d'infanterie devait pouvoir rapidement comprendre le bâton s'il réutilisait les principes de la pique ou de la hallebarde.
On voit ainsi que cette arme est directement liée aux autres armes de l'époque de la création des méthodes respectives des divers auteurs, mais que, suivant un principe pédagogique universel dans l'enseignement des armes , il n'existe pas de maniement différent pour chaque arme; Au contraire chaque méthode est construite autour de principes communs, autour d'une arme "de référence", coeur de la méthode de bâton de l'auteur et qui sert de point de comparaison ( l'élève comprendra le quarterstaff en le comparant à cette référence );
Ainsi, pour Wylde, homme du 18è siècle, l'arme reine est l'épée, alors que pour Silver ou Swetnam, la référence pour de comprendre le bâton, c'est l'arme du piquier.
Mais est-ce que cette "réference" différente entre Swetnam, Silver et Wylde, donne au final une méthode et des techniques "si" différentes ?
A suivre...
Rohirim - 02/2007 - 
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